(publié dans La Marmite sociale, Octobre 2006)
Les cinq principaux candidats actuellement en lice pour la chefferie du Parti Libéral du Canada (Messieurs Ignatieff, Rae, Dryden, Kennedy et Dion) ont le mérite d’avoir publié un site Internet où le bilinguisme est norme (l’inverse eut été surprenant), ce qui implique la présence d’une page de garde ayant comme but de présenter le candidat à l’internaute, en lui demandant dans quel idiome fait-il son épicerie.
C’est là que le bât blesse pour Michael Ignatieff. Sa page de garde utilise à la fois une esthétique pop-art pour présenter sa photo ainsi qu’une police qui rappelle une série télévisée de détectives. Il a certes fait affaire avec des concepteurs compétents, mais l’ensemble manque de passion, et de chien. On sent un certain mélange de Warhol et de Colombo, mais on n’est aucunement tentés de faire cet essai. C’est comme des bretzels au chocolat, ajouterais-je.
Bob Rae apparaît cependant comme un candidat amical. Sa page de garde, titrée «Appelez-moi Bob», est presque une invitation à passer au salon. On se sent intime avec Bob, et que fait-on pour nos intimes? On vote pour eux? Attendons d’abord de voir quel vin nous servira-t-il, et nous verrons si nous sommes réellement ses amis. J’attends encore.
Ken Dryden me fait quant à lui penser à une minute du patrimoine, scandale en sus. Quelle classe! Quelle élégance! Quel sérieux! À remarquer : judicieuse utilisation des tons de bruns et de bourgogne pour créer un effet chaleureux et patriote, mais en toute sobriété. On a même remplacé la feuille d’érable rouge éclatant par une vraie! Ken Dryden, un candidat qui s’affiche avec richesse. Gardien de but pour la Sainte-Flanelle, puis Premier Ministre, il faut en effet une certaine dose d’ostentation.
Malheureusement, on ne peut en dire autant de Gerard Kennedy. Là où ses adversaires titrent leurs pages «Candidat pour le parti libéral», son équipe de conception web a laissé «default» comme titre de page, ce qui ne paie pas de mines dans une campagne électorale. Une présentation décentrée, sur un fond si 1999. À cela s’ajoute un logo qui suggère que, s’il épelle son patronyme avec une majuscule (ce que je ferais aussi si je m’appelais Kennedy), son prénom n’en vaut pas la peine, et se content d’une minuscule…Et qu’est-ce donc, à côté de gK? Une feuille d’érable? Vous voulez rire? Ha bon.
Stéphane Dion. Stéphane Stéphane Stéphane Dion. C’est ce qui nous reste en tête une fois quitté le site de ce dernier. Un design parfaitement Web 2.0 (à la mode, branché, simple mais éclatant), où la personnalité de Stéphane Dion est relatée en rose et gris, contraste de l’heure. Du bonbon. Presque trop hip, à se demander, après avoir connu Stéphane Dion par l’entremise de la télévision depuis plusieurs années, depuis quand il se tient à jour des tendances de design. Il nous étonnera toujours.
Oui, chers électeurs, si leur ramage se rapporte à leur plumage, les candidats dans la cours à la chefferie du PLC sont fort intéressants à comparer. Personnellement, avoir ma carte de membre et ne juger que sur la page de garde de leur site web, je me sentirais un peu dépassé de voter pour Ignatieff, et la spontanéité de Rae me semble un peu surannée (nous n’avons pas été présentés). Ken Dryden me semble valable, Kennedy me semble négligé.
Si j’étais à la fois libéral et superficiel, je voterais pour Stéphane Dion. Ou pour celui qui m’offrirait un T-Shirt. Rouge.